Mikhaël Pommier

Pour mieux connaître les candidates et les candidats de la liste de Concarneau Citoyenne et Participative, nous avons mené avec chacune et chacun d’entre elles et eux un long entretien, sur les raisons de leur engagement, sur leur vie et sur leur rapport à Concarneau. On vous présente Mikhaël Pommier !

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Mikhaël, j’ai 33 ans et j’ai grandi avec deux de mes sœurs dans un petit village de Seine-et-Marne entouré de champs. Mes deux parents ont fait plusieurs métiers, dont l’enseignement. J’ai eu accès à une éducation pratique, les pieds et les mains dans les rivières, les arbres, la terre…

J’ai étudié le design et l’action territoriale.  Je fais de la recherche. La question de la démocratie au travail m’a beaucoup occupé ces dernières années, et j’ai participé à créer plusieurs coopératives et associations. J’ai aussi pris part à plusieurs mouvements sociaux.

Je suis très attaché à l’éducation populaire et aux mouvements des communs, qui sont une immense source de créativité en termes de démocratie, et qui proposent des formes de gestion collective des ressources ou des espaces auxquels ont doit toutes et tous avoir accès pour bien vivre (rivières, sols, forêts, habitats…).

Ma première venue à Concarneau était en 2015, pour participer à des camps de bricolage collectifs organisés par l’Atelier Z à Névez. C’est comme ça que j’ai rencontré plusieurs personnes qui sont devenues proches. Elles ont été décisives dans le fait de m’installer dans le coin. 

Qu’est-ce qui fait que tu aimes Concarneau ?

J’ai tout de suite aimé l’échelle de Concarneau : il y a une vie de ville, mais une vie de campagne est aussi toute proche. J’aime les amitiés que j’y noue. J’aime aussi l’énergie collective, qui fait que s’il y a une envie de construire quelque chose ensemble, c’est possible ! La petite revue habitante La Goell, née en 2023, en est un exemple parmi d’autres.

Enfin, j’aime le fait que Concarneau soit tournée vers l’océan, et que ses côtes nous permettent d’y nager, d’y plonger, d’y pêcher le bar, le calamar, la daurade… 

Quel est ton rapport à ton travail ?

Derrière le mot « travail », je mets des activités différentes : certaines sont rémunératrices, et d’autres ne le sont pas, mais m’occupent beaucoup et elles sont tournées vers l’entraide et vers le faire en commun.

Je fais du design d’action publique avec une association qui s’appelle la Coop des Milieux, et également avec la coopérative Chrysalide, où je suis à la fois entrepreneur et salarié. Cela nous amène à travailler avec des agences d’État, des collectivités locales, certaines fondations, des associations, ou encore des collectifs d’habitantes et d’habitants à différents endroits en France hexagonale.

Parfois, les fins de mois sont difficiles. Pour mes courses, j’essaie d’acheter local et bio, mais je vais aussi au supermarché. Mes vêtements sont souvent achetés d’occasion.


Pour toi, quel est l’endroit où il faut prendre urgemment soin de Concarneau ?

Toutes les personnes qui viennent à Concarneau ont en commun le besoin d’être accueillies de manière digne, mais toutes ne bénéficient pas du même traitement. L’idée d’attractivité, qui a beaucoup structuré l’action publique depuis plusieurs décennies, a participé à considérer les habitantes et habitants comme des consommateurs de leur ville. 

Une alternative crédible à l’attractivité est l’idée d’hospitalité. Elle encourage quelque chose d’actif dans le fait d’habiter quelque part. Elle invite à se réapproprier collectivement l’art de l’accueil et ne plus en faire uniquement quelque chose de marchand. Elle place l’attention sur les lieux de sociabilité, l’accès aux services essentiels, l’accès au logement, l’accès à l’espace public et au bord de mer, y compris pour les précaires. Elle aide à remettre au centre celles et ceux qui sont dans les marges. 

Et justement, en parlant de logement, où et comment habites-tu ?

Ça a été très dur de se loger à Concarneau. J’habite dans la commune depuis début 2021. J’ai habité quatre ans à côté de l’ancien cinéma Le Celtic. J’ai quitté ce logement après trois ans de difficultés avec le propriétaire. Il pleuvait à l’intérieur lorsqu’il pleuvait dehors. Et il était très peu isolé, les hivers étaient compliqués.

Depuis peu, j’habite dans le quartier de Kerfeunteun. J’y ai acheté une maison, motivé par le fait de ne plus avoir à négocier avec un propriétaire. Il y a encore beaucoup de travaux à faire. La vie du quartier est très chouette !

Quelles sont les valeurs de Concarneau Citoyenne et Participative qui résonnent particulièrement chez toi, et comment les incarnes-tu au quotidien ?

Dans CC&P résonne particulièrement pour moi l’idée d’une démocratie qui soit beaucoup plus directe, où les habitantes et habitants peuvent se réapproprier démocratiquement leur commune. Ça n’a rien d’évident, et le système électoral est construit dans des logiques contraires : la  campagne électorale est très courte, le pouvoir est souvent centré sur une seule personne, la création de bonnes conditions de participation pour toutes et tous est un défi constant, le fait de montrer ses émotions est très tabou… Au sein de CC&P, il y a une attention apportée à tout ça.

L’entraide entre voisines et voisins est une incarnation concrète et quotidienne de ces idées. Le mot “voisiner” était utilisé pour parler de ça, et je l’aime beaucoup. C’est une entraide qui peut être très matérielle, mais ce sont aussi des liens qui nous permettent de vivre autrement. Par exemple, ils peuvent changer nos rapports à la parentalité.

À quoi ça ressemble, la vie d’un candidat de liste en campagne électorale ?

J’aime l’idée de vivre l’expérience collective de CC&P comme une école d’éducation populaire à la vie municipale !

Prendre part à une liste en campagne électorale, c’est choisir une vie collective pendant plusieurs mois. C’est réapprendre à s’écouter, chercher à mieux comprendre les autres, et ça demande d’avoir la volonté de changer. C’est aussi construire ensemble des propositions avec méthode, en cherchant à ne perdre personne, et en se souciant des absentes et absents.

Comment te déplaces-tu, à Concarneau ?

J’utilise un vélo pour lequel j’ai beaucoup d’amour, et qui est bien plus âgé que moi. Je vais au C.R.A.D.E pour le réparer. La circulation se fait plutôt facilement, mais entre deux pistes cyclables, les raccords sont parfois dangereux. 

Pour rejoindre les gares de Rosporden ou Quimper, j’utilise beaucoup les bus. Je réserve la voiture pour des trajets qui sont en dehors des horaires ou des itinéraires de bus, ou qui demandent de transporter des choses lourdes.


Pour finir, Mikhaël, pourrais-tu nous parler de ton rapport à la lutte ?

Mon rapport à la lutte s’est construit en bonne partie au sein des mouvements des communs. Avec la Coop des Milieux, cela nous a amenés à co-écrire un Petit Manuel de démocratie énergétique, paru en avril 2025, qui prend l’énergie comme un enjeu démocratique : qui détermine les règles en matière d’énergie ? Qui possède les réseaux et les moyens de production ? Qui décide des prix ? À qui cela profite ? Pouvons-nous faire de l’énergie un commun ?

La politique ne se réduit pas aux elections qui font que les personnes de milieux populaires et de différentes minorités sont systématiquement à la marge. Les élections locales ne sont pas une simple échéance électorale. Elles sont une occasion de se réapproprier démocratiquement les enjeux liés à notre vie quotidienne !

Enfin, je me pose souvent la question de comment continuer à lutter dans une époque pareille. Je crois qu’on peut le faire en prenant soin de ce qui, en nous, est encore capable de ressentir, de se relier. La tendresse n’est pas un luxe, mais une nécessité, y compris dans la lutte.

Le meilleur spot de promenade de Mikha à Concarneau : 

L’une de mes promenades préférées, je la fais sur kayak de récup’, en partant du Quai Nul, et en longeant la côte vers la Pointe de la Jument. Concarneau change de visage quand on la voit depuis la mer. Lorsque c’est marée basse, des hauts fonds viennent effleurer la surface de l’eau, et c’est alors possible de pêcher le bar avec du matériel simple !

→ Le livre préféré de Mikha :

Les travaux de bell hooks m’ont beaucoup marqué. Paru récemment, La Machine à faire gagner les droites, écrit par Yves Citton, m’a également apporté des clés de lecture importantes. Sur un sujet intime mais tout aussi politique, le livre Au bonheur des morts, de Vinciane Despret, m’a beaucoup chamboulé.

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